Le lundi 5 février 2024, à 4h00 du matin, 50 élèves, hellénistes et latinistes des classes de 2de, 1re et terminales, accompagnés de quelques élèves 1re de la spécialité HLP (Humanités Littérature et Philosophie) et 4 enseignants (dont Mesdames Alexandre et Bonnerot, professeurs de lettres classiques et Monsieur Ilievski, professeur d’histoire) se retrouvaient, fébriles, dans le hall 3 de l’aéroport d’Orly.
Le vol TO3520 de 6h30 pour Athènes nous attendait tous et nous avions hâte d’embarquer pour concrétiser enfin un projet lancé par Madame Hellegouarch depuis juin 2023 !
Le rêve prenait enfin forme… Et le mot est bien RÊVE ! Si l’intitulé du voyage présenté dans le catalogue de l’organisme MIJE était Magnificence des sanctuaires, cette aventure grecque (pour reprendre le titre du très célèbre livre d’histoire de Pierre Lévêque paru en 1995) fut une véritable parenthèse enchantée au pays des dieux de l’Olympe.
Après quelques heures de vol, Athènes se laissait découvrir depuis les hublots et au bout des longs couloirs de l’aéroport, c’est le ciel bleu et le soleil méditerranéen qui nous éblouissaient déjà. Elèves et enseignants étaient conquis !
Après un copieux déjeuner libre au pied de l’Acropole dans le quartier de Plaka aux ruelles authentiques bordées de maisons colorées et de petits restaurants aux terrasses accueillantes qui nous transportaient comme par magie dans les îles de la mer Egée, notre guide Dimitris Tsitsis fit gravir au groupe les marches qui mènent vers l’Acropole. Le musée nous avait déjà permis d’admirer, entre autres merveilles, les frises (des copies pour la plupart… l’essentiel étant au British Museum de Londres) du temple d’Athéna. Depuis les Propylées, nous pûmes voir la Pnyx où battait le cœur de la démocratie athénienne si chère à Périclès et, au non loin de la colline d’Arès, siège de l’Aréopage, l’Agora d’où s’élançait le célèbre cortège des Panathénées. Les élèves voyaient de leurs propres yeux ces lieux dont ils entendaient parler depuis la 6e ! Les smartphones « chauffaient » et ces derniers allaient travailler dur !
Et c’est en nous retournant que s’offrit à notre regard la majestueuse œuvre de Phidias, le Parthénon en marbre pentélique, à la fois temple et trésor, conçu pour recevoir en son naos la statue chryséléphantine de la déesse protectrice d’Athènes. Le monument fut scruté sous la houlette du guide et nous en découvrîmes les secrets de construction. Les cariatides de l’Erechtheion furent photographiées comme des vedettes. Le site était à nous, La Pro. Incroyable mais vrai ! Nous comprîmes alors que cette période non touristique allait faire de nous des élus bénis par les dieux. Hélios nous accordait un ciel bleu ensoleillé et une température très printanière et la suite ne ferait que le confirmer tout au long de notre pérégrination à travers le pays.
Le deuxième jour, c’est Asklépios, le dieu de la médecine et fils d’Apollon, qui nous recevait en son sanctuaire Epidaure. Avant que le soleil ne nous éblouît, le fameux théâtre, le plus beau du monde grec, émerveilla les élèves ! Waouh ! Cet édifice grandiose se trouve dans tous les manuels de grec, de latin et d’histoire, mais là les hellénistes et latinistes étaient à ses pieds à l’emplacement de la skénè ! Ils pouvaient se faire choreutes dans l’orchestra, spectateurs sur les gradins (le koilon ou theatron) et choisir parmi les 12000 places la leur. L’abaton, lieu où se rendaient pour la nuit les malades venus chercher secours auprès du dieu et de sa fille Hygie, fut foulé par leurs pas : un élève un peu fébrile depuis le matin et souffrant de maux de ventre y recouvrit la santé… Du moins, il se sentit mieux avant le repas pris dans la taverne Kolizéras !
Mycènes, cité entourée de murs cyclopéens, nous permit de franchir sa célèbre porte des Lionnes (ou des Lions). Nous déambulâmes dans les ruines de l’une des deux cités les plus grandes, avec Tirynthe située à 20 km de là, de la civilisation dite mycénienne qui domina le monde de la Méditerranée orientale du XVe au XIIe siècle avant notre ère, et qui joua un rôle prépondérant dans le développement de la culture grecque. Agamemnon, père d’Oreste, d’Electre et d’Iphigénie, beau-frère de Ménélas, roi de Sparte, en fut le roi… Nous étions transportés avec ce fameux guerrier et son armée à la guerre de Troie chantée par Homère dans l’Iliade… L’émotion gagna le groupe lorsqu’il pénétra dans ce qui est appelé le trésor d’Atrée ou tombeau d’Agamemnon, la plus ornée et la plus grande des tombes à tholos* datant vraisemblablement de 1250 av. J.-C.
Le troisième jour, Hermès, qui protégeait notre remarquable et très sympathique chauffeur, Yanis, mena les chanceux que nous étions par les routes du Péloponnèse jusqu’à Olympie, située dans la vallée créée par la confluence de l’Alphée et du Cladée, déjà bien secs en cette période de l’année. Et si dans quelques semaines, Paris vivra la fièvre des Jeux, les élèves de La Providence ont pu courir sur le stade (le VRAI !) du site de l’Altis d’une longueur de 192,27 mètres et en faire le tour lors d’une course appelée le dromos. Ils se mettaient ainsi dans les pas des athlètes venus de la Grèce entière depuis 776 av. J.-C. Le vainqueur fut acclamé, mais nous n’avons pas pu le couronner avec des rameaux de l’olivier sacré. Néanmoins l’ambiance de fête qui régnait dans le stade et les photos de groupe y ont largement remédié. Cette course mémorable achevait une déambulation très bucolique dans le cadre serein du sanctuaire où était honoré jadis Zeus : palestre, gymnase, bains, atelier de Phidias, sculpteur de l’une des sept merveilles du monde, la statue de Zeus olympien, le temple de Zeus, celui de sa parèdre. Sans oublier le musée qui regorge de richesses archéologiques : les frontons du temple de Zeus, l’Hermès portant Dionysos enfant de Praxitèle…
La paix habitait ces lieux, qui rappelait la paix d’ailleurs imposée tous les 4 ans lors d’une Trêve sacrée qui permettait à tous les sportifs de s’y rendre sans craindre pour leur vie et de se mesurer lors de compétitions au service de la vertu. Gardons en mémoire cet idéal grec du kaloskagathos (beau et bon) qui veut que se côtoient l’harmonie physique et morale. La journée s’acheva, après la traversée du golfe de Corinthe, véritable impression de croisière au soleil couchant vers l’illustre cité de Naupacte qui connut au large la célèbre bataille de Lépante en 1571. On admire le soleil couchant, photos sur la plage. Les hispanistes y honorent la mémoire de Cervantés qui participa au combat et dont la statue domine l’entrée du port.
La dernière journée fut la plus émouvante : Delphes, célèbre sanctuaire panhellénique, sous un ciel bleu lumineux au pied du Mont Parnasse enneigé… au centre du monde selon la légende. Un contraste saisissant qui ne faisait qu’accentuer la magie du site. Nous empruntâmes religieusement la voie sacrée qui menait autrefois les pèlerins désireux de rencontrer la Pythie vers le temple d’Apollon. Elle s’y asseyait sur son trépied et répondait par des phrases sibyllines aux questions posées par des hommes et des femmes venus du monde entier. Au pied du théâtre, qui surplombe le temple d’Apollon, c’est un panorama grandiose qui s’offrait à nos yeux : le sanctuaire est construit sur le flanc d’une colline mêlant rochers et arbustes. Puis le regard descend et suit les lignes vallonées, et embrasse une végétation typique du climat méditerranéen : pins, cyprès puis au fond de la vallée, l’impression d’une mer d’oliviers.
Nous musardons au soleil tout en redescendant, flânerie entre amis, la voie bordée des trésors des différentes cités de Grèce, dont le mieux conservé est celui des Athéniens, pour rejoindre le musée où nous attend le célèbre aurige de Delphes, l’une des rares sculptures en bronze encore existantes, qui, de ses yeux de verre et de pierre intacts, semble nous sourire. Le départ est proche : l’après-midi sera consacrée à la visite de l’un des plus beaux monastères byzantins de Grèce, Osios Loukas, réputé pour ses mosaïques à fond d’or du XIe siècle, ses fresques, ses pavements de marbre, de jaspe et de porphyre. L’heure fut recueillie : silence habité par la sainteté des lieux. Dernière halte au soleil et dernier goûter sous les oliviers du jardin : gâteaux au miel et autres douceurs sucrées avant de rejoindre Athènes pour notre dernière nuit grecque.
Tout a une fin et les professeurs souhaitaient que la dernière soirée fût inoubliable : après un excellent repas de spécialités grecques, tout le groupe se dirigea vers le quartier Plaka découvert le premier jour. Mais ce quartier mythique, devenu festif à la tombée de la nuit, invitait les jeunes et les moins jeunes à la promenade nocturne agrémentée de stations en terrasse au pied de l’Acropole resplendissant de lumières dorées. Les élèves répartis en petits groupes purent goûter au farniente et à la nuit athénienne jusqu’à 23h00 sans oublier de déguster des glaces, pour certains sur des rooftop.
Vendredi 9 matin, nous quittions Athènes et admirions une dernière fois par les hublots l’Acropole, le Pirée, l’île de Salamine et le golfe de Corinthe.
Les lieux, sans touristes, ont été enchanteurs. Le soleil et la douceur printanière nous ont accompagnés tous les jours. Les élèves ont vécu ces découvertes dans une belle camaraderie : l’ambiance était au rendez-vous et les soirées dans les hôtels très conviviales… comme à la maison, en chausson et parfois en pyjamas dans les salons, à jouer aux cartes.
« Madame, c’est irréel ! » Cette remarque d’un élève lors d’une visite de site est la phrase qui pourrait le mieux traduire ce que le groupe d’hellénistes et de latinistes a pu vivre durant cette semaine qui restera gravée dans les mémoires.
Marie-Suzanne Hellegouarch, professeur de lettres classiques
*tombe à tholos : édifice circulaire

